Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Livre en vol

Bernadette Boissié-Dubus, écrivaine et artiste déjantée

première de couverture trous noirs-copie-1

Lorsqu’elles grimpent en vélo la colline qui conduit à l’abbaye Saint Félix de Monceau, Morgane, Léa et Laurie élèves au lycée « La Gardiole » de Gigean sont loin d’imaginer que leur vie va tourner au cauchemar. 

Mélodie, la petite sœur de Morgane qui les accompagne, disparaît dans des circonstances invraisemblables. A l’abbaye Saint Félix de Monceau, c’est la panique générale. La gendarmerie a investi le site devenu « scène de crime » même si aucun corps n’ été retrouvé. 

Après un violent orage, quand Laurie, férue d’histoire, se retrouve au petit matin sur la colline avec Albin, Léa et Paul parti à la recherche de sa fille, elle se rend bien compte que l’église qui leur fait face n’est pas l’abbaye mais une chapelle romane wisigothique. Pourtant, ils sont toujours au même endroit sur la Gardiole d’où l’on aperçoit la mer, le mont Saint Clair… mais pas Sète ! Rien ne ressemble à la Gardiole du XXIième siècle. 

D’autres disparitions s’ensuivent aussi étranges les unes que les autres : Morgane, sa mère, l’archéologue de l’abbaye, Alain passionnément amoureux de la Gardiole, et même des scientifiques au-dessus de tout soupçon. 

Hallucinations collectives ? Publicité de mauvais goût créée par les chercheurs pour faire connaître leurs travaux et obtenir des fonds? Opération de grand banditisme? Rien n’est moins sûr.

Que se passe-t-il sur ce site réputé si paisible ? 

La sorcière Elisèu et le druide Calixte sont-ils les fomenteurs d’un complot à travers le temps? 

Qui pourra arrêter la folie d’un homme capable de plonger la terre dans le chaos pour satisfaire son amour du pouvoir ? 

 

Extraits du chapitre II

 

Paul ouvre un œil sur un petit jour blafard. Au loin, on entend le chant d’un coq. L’espace de quelques secondes, il a du mal à se souvenir de ce qu’il fait à cette heure hors de son lit. Puis, la réalité lui saute au visage. La dernière chose dont il se souvient, c’est cette tornade qui s’est mise à souffler sur la colline. Pourtant, la météo n’avait annoncé que de la pluie. Mais si l’alerte rouge a été déclenchée, bien entendu il ne peut pas le savoir. Le mieux est de retourner à la voiture. Tout paraît calme. Où sont les enfants ? Il ne pleut pas. Au contraire, le soleil tente de percer la fine couche de brume annonçant une chaude journée. Il appelle :

« Où êtes-vous ? »

Il lui semble entendre des gémissements pas très loin de lui. Il se lève, son dos le fait souffrir.

- Mélodie ? demande-t-il anxieusement.

- C’est Laurie, monsieur Libat, j’ai mal à la cheville.

La jeune fille gît près de lui. Plus loin, son frère et Léa ont du mal à refaire surface.

- Que s’est-il passé ? demande Albin. Où sommes-nous ?

La question surprend Paul. Il regarde autour de lui. Pas d’abbaye, pas d’abbatiale. Le lieu a changé.

- Quel est ce délire ? demande Albin.

- C’est la tornade, dit Léa. Elle nous a emportés. Heureusement, nous ne sommes pas blessés. Supers, les mecs de la météo, même pas capable de prévoir des trucs pareils ! De la pluie, tu parles ! Il faisait beau cette nuit.

- Cela tourne vite, répond Paul pour les rassurer. Et puis, moi je n’ai pas écouté les infos hier soir. Peut-être ont-ils annoncé un avis de tempête. En tout cas, il faut rentrer. Nous ne devons pas être bien loin. Personne n’est blessé ?

- Moi, se plaint Laurie. Je ne peux pas marcher. Ma cheville est enflée.

- Je vais te porter, dit son frère.

Tant bien que mal, il soutient sa sœur qui marche à cloche-pied, sachant très bien qu’ils ne pourront pas aller très loin. Quelle folle équipée ! Et Mélodie ? Avec tous ces évènements, ils ont presque oublié la petite fille. L’inquiétude de Paul est à son paroxysme. Si sa fille était blessée hier, dans quel état est-elle ce matin ? A-t-elle pu trouver un refuge ? Cette tornade soudaine parait surréaliste.

- On ne voit l’abbaye nulle part, fait remarquer Albin. Là-bas, le soleil se lève sur la mer. Nous ne pouvons pas tourner en rond pendant des heures. Nous devrions être tout près.

- J’appelle les gendarmes, dit Paul. D’ailleurs, rajoute-t-il avec colère,  j’aimerais bien savoir pourquoi ils ne sont pas déjà en train de la chercher ! Il devrait y avoir un monde fou ici ! Personne !

Mais son portable est éteint. Ceux des enfants aussi.

- Il n’y a pas de réseau. Sûrement à cause de la tempête.

- Marchons un peu, propose Léa. On va retrouver le chantier.

- Là, crie soudain Laurie. On voit des murs.

- Bon, c’est déjà ça, dit son frère rassuré de ne pas avoir à la porter sur des kilomètres. Quand même, cette tempête a dû être effroyable pour nous avoir projetés à plusieurs mètres !

- Oh purée ! jure Laurie. Ce n’est pas l’abbaye.

- Comment ça, pas l’abbaye ?

- Non, ça ressemble à  une église romane.

- Arrête tes blagues stupides. On le sait que tu connais le Moyen-âge, pas la peine de prendre ton air de pimbêche. Si tu crois que c’est le moment de faire l’intello ! L’abbaye est romane, non ? Ne nous prends pas pour des incultes.

- Je vous dis que ce n’est pas l’abbaye.

A ce moment, devant leurs yeux abasourdis, se dresse une petite église.

- Je dirais même « préromane wisigothique », rajoute Laurie fière d’elle. Puis elle bégaye complètent déroutée :

- Plus vieille que, que l’abbaye, ça, ça je peux vous l’affirmer.

- Mais enfin ! Il n’y a pas de chapelle de cette époque sur les collines ! Ni du côté de Frontignan, ni du côté de Vic, ni de Gigean…

Léa devient hystérique. 

- C’est une hallucination collective, dit Albin, tandis que Paul  pris d’un effroyable mal de tête suggère :

- Retrouvons la voiture. Je l’ai laissée en contrebas, côté Gigean.

- Il faudrait d’abord retrouver Gigean. On ne voit même pas Balaruc et l’autoroute. D’ici, pourtant…

Léa se met à hurler.

- Quelqu'un  nous fait une blague ! Ce sont les copains du collège ! C’est ma faute ! Pourquoi ai-je eu l’idée stupide de vouloir faire un devoir là-dessus ? Et c’est à cause de moi que nous avons des devoirs de vacances ! On a dû nous faire boire une cochonnerie !

Laurie la prend dans ses bras.

- Calme-toi, tu n’y es pour rien. Il doit bien y avoir une explication. Peut-être une hallucination collective à cause de la tornade d’hier soir. Albin a raison. Allons-voir ce qui se passe dans cette église. Si c’est une hallucination, elle va disparaître dès que nous allons nous en approcher.

- J’y vais, dit Paul. Il est possible que cette tornade ait été chargée d’électricité qui nous a fait faire un bond et nous a tous chamboulés. Restez ici.

Paul dit n’importe quoi espérant que les jeunes seront rassurés par ses propos. Mais il n’en mène pas large. C’est un cauchemar. Un horrible cauchemar. Il n’y a aucune explication pragmatique à cette apparition.

Albin lui emboîte le pas. De près, l’église a l’air serein, rassurant. Elle n’est pas bien vieille, comme si les ans n’avaient eu aucune emprise sur elle. Une église construite depuis peu. Ou une fausse église ! Pour un film ! Paul éclate de rire.

- On nous fait une farce ! Il doit y avoir un tournage de film ici !

- Dans ce cas, lui fait remarquer Albin, il devrait y avoir un monde fou autour… Et il n’y avait aucune équipe de tournage ici hier.

- Oh, ça va ! Ne faites pas le mariolle pour épater les filles !

- Mais, monsieur Libat ! proteste Albin outré par ces propos désobligeants et déplacés.

Léa soutient Laurie et elles les suivent pour ne pas rester seules. Paul pousse la porte. A l’intérieur, il fait sombre. Sur un sol en terre battue, quelques bancs de fortune attendent les fidèles, l’autel est construit en pierres locales ramassées sur place. On voit bien que c’est une chapelle de village, pauvre, sans artifices ni objets précieux. Seules, de part et d’autre de la nef, quatre colonnes reliées par des arcs outrepassés soutiennent l’ensemble. Au fond du chœur, sur le chevet, un christ en croix domine les hommes et surprend par son corps filiforme et plat. Le plafond, en bois peint, attire leur attention. Les peintures religieuses qui le recouvrent le rendent encore plus factice, comme si elles venaient d’être recolorées comme les vieux films en noir et blanc. Laurie ne peut pas s’empêcher d’être subjuguée par cette vision, même si ce n’est qu’une hallucination. Elle s’approche des murs, suis du doigt certains dessins gravés dans la pierre.

- On dirait des poissons. Le bas des murs est plus anciens que le reste. Cette chapelle a été construite sur une autre, beaucoup plus ancienne. L’abbaye de Saint Félix a été construite sur une ancienne chapelle en ruine, d’ailleurs, des restes subsistent encore de nos jours. Ce doit-être celle-ci. C’est étrange ! On dirait qu’on a essayé d’enlever les représentations antérieures. Comme sur les pyramides d’Egypte ! Chaque Pharaon voulant imprégner sa marque n’hésitait pas à faire disparaître celle de son prédécesseur. Ce fut surtout le cas pour Akhenaton, le pharaon maudit. Ici, on a voulu enlever les poissons. Pourtant, le poisson était le symbole des chrétiens persécutés par l’empire romain. C’est avec ce signe qu’ils se reconnaissaient. En grec, poisson se dit « Ichtys », c’est l’acrostiche de « Jésus-Christ fils de Dieu Sauveur ». Donc, cette chapelle a été faite par-dessus l’ancienne dans les années 500 ou 600, peut-être plus tard. Allez savoir ce qu’il y a en dessous. Et pourquoi quelqu’un a essayé de faire disparaître les poissons ? C’est passionnant.

 

Les autres l’écoutent comme hypnotisés par sa voix monocorde. Elle a l’air d’une guide touristique. Le temps  de ces explications  historiques, ils ont l’impression de visiter un musée.

Elle continue inlassablement :

- Qu’a-t-il pu se passer de si horrible ici pour qu’on veuille à la fois rebâtir une chapelle et escamoter l’existence de la précédente ? Pourquoi n’ont-ils pas tout détruit ? Pourquoi ne pas avoir reconstruit ailleurs ?  Ce n’est pas la place qui manque. La plus récent a été bâtie en pierre coquillière. C’est comme ça qu’on l’appelle. Elle est faite de petits morceaux de coquillages. Mais regardez… En bas, les pierres des murs semblent avoir été ravies à d’anciennes constructions romaines.

- Ils ont fait la même chose avec l’abbaye, alors, fait remarquer Albin se prenant au jeu. Qui sait à l’heure actuelle qu’il y avait cette chapelle en dessous ? Trois couches de constructions. C’est hallucinant.

- On s’en fout de savoir comment elle a été construite, ni quand, ni par qui ! hurle soudain Léa mettant un terme à un instant magique. Qu’est-ce qu’on fout ici ?

- je l’ignore, avoue Laurie. Excuse-moi. Je me suis laissée entraîner par ma passion de l’histoire.

- C’est diabolique, dit Albin.

- Arrêtez de vous disputer, dit Paul. Et ce n’est pas diabolique. Il y a sûrement une explication tout à fait rationnelle. Peut-être la tornade nous a-t-elle transportés plus loin que nous ne le pensions ? Il faut rejoindre une route. Nous porterons Laurie à tour de rôle.

- Pas la peine, dit celle-ci, je n’ai plus mal. C’est miraculeux.

- Diabolique, miraculeux, grince Léa. Ça promet d’être rock en roll en tout cas…

Mais trouver une route est bien facile à dire. Un petit sentier serpente à flanc de colline. Aussi loin que porte leur regard, il n’y a rien. A part, dans la plaine côté Gigean, un minuscule hameau. Pour ce qui est d’une route, rien, sauf un chemin qui, de loin, donne l’impression d’être pavé. Plus d’autoroute. Plus de route nationale. Plus une voiture. Ils n’osent pas se montrer. Cachés derrière les fourrés, ils voient s’approcher trois personnages, des paysans sans aucun doute. L’un porte une fourche sur l’épaule, tous traînent les pieds. A la façon dont ils sont habillés, on pourrait les prendre pour des paysans du Moyen-Age. Ils portent des braies avec des pantalons étroits aux chevilles et des chausses, un chapeau de paille pour se protéger du soleil. Un déguisement très réussi. Ils sont tous les trois de taille moyenne, voire petite, avec de larges carrures.  « Massifs » est le mot qui leur vient à l’esprit.

Léa n’en peut plus. La peur lui fait perdre la tête et elle se précipite vers les trois hommes interloqués. Le temps semble s’être arrêté. Les autres en profitent et sortent des fourrés. Mais les paysans ont plutôt l’air étonné qu’effrayé. Comme s’ils avaient l’habitude de voir des gens étranges déambuler sur la route. L‘un d’eux pose une question, puis hausse les épaules devant l’incompréhension des nouveaux arrivants. De ça aussi, ils ont l’habitude. La Septimanie a été tant de fois envahie, conquise par différents peuples, ravagée par les Francs et autres civilisations, que de simples voyageurs, même étrangement costumés, n’étonnent personne. Beaucoup de gens se retrouvent sur les routes après le pillage de leur maison, Juifs, Maures et Catholiques confondus.

- Mais en quelle année sommes-nous ? s’énerve Albin.

- Demande-le-lui en occitan. Tu l’as bien étudié, non ?

- En Occitan ? Et pourquoi ?

- Essaye ! Je te dis.

Albin obtempère et, mélangeant le latin et l’occitan, demande où ils sont et en quelle année.

L’homme avec la fourche pousse un grognement.

- Il se fout de ton accent, fait remarquer Léa.

Néanmoins, l’homme a compris la question et répond :

- Je ne sais pas. Je ne sais ni lire ni écrire.

- Vous ne devriez pas voyager ainsi, rajoute l’un d’eux. Les routes ne sont pas sûres. Vous venez de Béziers ? Vous avez réussi à vous sauver ? Nous n’avons aucune nouvelle depuis plusieurs semaines.

 - Qu’est-ce qu’il dit ? s’énerve Léa.

- Je crois qu’il parle du pillage de Béziers.

- Tu rigoles ? Le pillage de Béziers - on peut dire le massacre -  c’était beaucoup plus tard, lors de la croisade contre les Albigeois. Tout le monde sait ça. A ce moment-là, l’abbaye existait déjà. Quelqu’un se paye notre tête. On est dans un film ici et ça amuse les acteurs de nous faire tourner en bourrique.

Léa fond en larmes. La panique commence à s’étendre à tout le petit groupe.

 

La suite sur le livre 

 

Midi-Libre-du-26-avril.jpg

Midi-libre-27avril.jpg

Trous noirs à l'abbaye Saint Félix de Monceau
abbayes wisigothiques
abbayes wisigothiques

abbayes wisigothiques

abbaye de Saint Félix en reconstruction

abbaye de Saint Félix en reconstruction